En Chine, en Corée, au Vietnam ou encore en Malaisie, les jeunes mamans suivent depuis des siècles une tradition étonnante : le repos total après l’accouchement. Pas un luxe, pas un caprice : une nécessité. Pendant 30 jours (et parfois jusqu’à 100 jours), elles restent alitées, nourries, choyées, interdites de tâches ménagères. Objectif : permettre au corps de se remettre pleinement du bouleversement qu’est la naissance.
Ce rituel, appelé zuò yuèzi en Chine (坐月子, littéralement « s’asseoir le mois ») ou sanhujori en Corée, intrigue autant qu’il fascine. Et il pose une question simple : pourquoi toutes les femmes n’auraient-elles pas droit à ça ?
Une tradition millénaire qui repose sur l’équilibre du corps
Le zuò yuèzi est pratiqué en Chine depuis plus de 2 000 ans. Selon la médecine traditionnelle chinoise, la grossesse et l’accouchement affaiblissent l’énergie vitale (qi) et ouvrent le corps au froid.
Le repos est donc obligatoire : la mère ne doit pas sortir, ne pas se laver les cheveux (pour éviter le refroidissement), éviter les courants d’air et surtout manger chaud et gras : bouillons, riz, soupes de poulet, gingembre, dattes, sésame… Tout pour “reconstruire” le sang et la chaleur interne.
En Corée, le sanhujori suit la même logique : repos, bouillons, soins corporels, massages postnataux, et peu de visites. Certaines cliniques privées, appelées sanhujoriwon, proposent aujourd’hui de véritables retraites post-accouchement pour jeunes mamans, avec personnel dédié, repas thérapeutiques et chambres d’hôtel dignes d’un spa.
💡 Durée :
• En Chine : 30 à 42 jours, parfois 100 jours dans les familles traditionnelles.
• En Corée : 3 à 4 semaines en moyenne.
• En Malaisie ou au Vietnam : 30 à 45 jours selon les régions.
Transpirer, dormir, guérir
Dans la vision asiatique, la sueur est synonyme de purification. La jeune maman doit “expulser le froid” et “nettoyer son sang”. D’où ces régimes chauds, parfois épicés, et ces bouillons nourrissants qui remplacent toute alimentation froide ou crue.
L’objectif : rétablir la circulation du sang et l’énergie, renforcer le système immunitaire, et prévenir les douleurs chroniques (notamment dorsales ou articulaires).
On est loin du brunch post-partum entre copines, des “body goals” et du “retour à la ligne en 3 semaines”.
Là-bas, l’idée même serait absurde : “le corps d’une femme vient de créer la vie, il mérite d’être réparé.”
En France : un congé maternité… mais peu de repos
En France, le congé maternité légal dure 16 semaines (6 avant la naissance, 10 après) pour le premier et deuxième enfant. (Source : Ameli.fr) Mais dans la réalité, le repos total postnatal est un luxe rare. Les jeunes mamans doivent souvent jongler entre :
• un nouveau-né qui dort peu,
• un aîné à gérer,
• une maison à tenir,
• et parfois, un partenaire déjà retourné au travail.
Résultat : beaucoup d’entre elles reprennent trop vite un rythme “normal”, au détriment de leur récupération physique et mentale. Les études de la Haute Autorité de Santé soulignent d’ailleurs que la fatigue maternelle chronique est l’un des principaux facteurs de baby blues et de dépression post-partum.
Quand la culture du “tout gérer” remplace le droit au repos
En France, la maternité reste marquée par une forme d’injonction paradoxale :
“Profite de ton bébé, mais retrouve vite ton énergie.”
“Reprends le travail, mais sois une mère présente.”
“Repose-toi, mais la machine à laver ne va pas tourner toute seule.”
Dans beaucoup de familles, les jeunes mères ne bénéficient plus de ce soutien communautaire que la tradition asiatique impose : mère, belle-mère, sœurs, tantes… toute la tribu s’organise pour permettre à la maman de se reposer.
Chez nous, la belle-mère arrive parfois… avec des conseils non sollicités et un gâteau sec. 😅
Parce qu’on ne devrait pas avoir à choisir entre repos et linge propre, IMPEKKABLE réinvente la gestion du linge de maison. Draps, serviettes, couettes : tout est lavé, désinfecté et repassé avec une qualité professionnelle, puis livré frais et prêt à ranger. Un vrai luxe du quotidien : simple, doux, accessible.
Quand les jeunes mamans qui jonglent entre nuits hachées et charge mentale XXL, c’est une respiration : plus besoin de lancer des lessives à minuit ni d’étendre 10 kg de draps humides dans le salon. Même si vous transpirez beaucoup (ce qui est normal après l’accouchement !), vos draps reviennent impeccables et sains.
“Pourquoi pas nous ?” : Le débat est ouvert
Le mois au lit n’est pas exempt de critiques. Certaines femmes asiatiques le vivent comme une claustration forcée, voire une pression culturelle : interdiction de se laver, visites imposées, dépendance aux aînées. Mais la philosophie du soin, elle, fait réfléchir.
Pourquoi ne pas imaginer un modèle mixte, à la française, où la jeune maman :
• bénéficie d’un vrai temps de récupération encadré,
• d’une aide ménagère remboursée,
• de repas livrés adaptés à ses besoins,
• et d’un accompagnement postnatal global (kiné, sage-femme, psychologue, coach sommeil, etc.) ?
Bref, un postpartum care digne de ce nom.
Les bienfaits du repos postnatal (scientifiquement prouvés)
De nombreuses études confirment l’intérêt d’un repos structuré après l’accouchement :
• Une étude de la National Library of Medicine (2023) montre qu’un repos prolongé réduit les risques de troubles musculosquelettiques et améliore la cicatrisation post-épisiotomie.
• Selon la Haute Autorité de Santé, un accompagnement continu (repos + soutien) diminue les risques de dépression post-partum de 30 %.
• Et côté bébé, un environnement calme et apaisé favorise la régulation du sommeil et le lien d’attachement précoce.
Et la transpiration, les bouillons, tout ça ?
Oui, dans certaines versions du zuò yuèzi, les mamans sont encouragées à “transpirer les impuretés” grâce à des bains de vapeur, des bouillons très chauds, et des couvertures épaisses.
D’un point de vue occidental, cela fait parfois sourire — voire frémir.
Mais le principe sous-jacent est celui d’un métabolisme qui se rééquilibre.
Boire chaud, manger nourrissant, se reposer : des pratiques simples, souvent négligées, mais efficaces pour soutenir la récupération postnatale.
Les médecins français en parlent aussi
La gynécologue obstétricienne Dr Odile Bagot le rappelle :
“La maternité ne s’arrête pas à la sortie de la maternité. Le corps a besoin d’un vrai sas de récupération. Ce n’est pas de la paresse, c’est de la physiologie.”
De son côté, la Société Française de Pédiatrie recommande d’éviter les expositions précoces au stress, au bruit ou à la fatigue maternelle intense, qui peuvent impacter le sommeil et l’immunité du nourrisson.
Un mois au lit… ou une société qui soutient mieux ses mères ?
Finalement, le “mois au lit” n’est peut-être pas une utopie orientale. C’est un symbole : celui d’une société qui reconnaît la maternité comme un acte total, qui mérite repos et respect.
En Asie, la jeune mère devient reine pour un mois. En France, elle devient parfois… invisible dès la sortie de la maternité.
Peut-être qu’entre ces deux extrêmes, il existe une voie médiane : une culture du soin, de la douceur, du temps. Parce que prendre soin d’une mère, c’est déjà prendre soin d’un enfant.